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Notes de lecture : Russel A. Jones. Méthodes de recherche en sciences humaines

30 mai 2008 - Dernier ajout 11 octobre 2008
par Eustache Mêgnigbêto

Jones, Russel A. (2000). Méthodes de recherche en sciences humaines. Bruxelles, De Boeck Université.

Traduction et adaptation françaises par Nathalie Burnay, Olivier Servais ; avec la coll. de Florence Vandendorpe. Collection Méthodes en sciences humaines dirigée par Jean-marie De Kelele.


La traduction en français de l’original américain, du document se justifie, selon les traducteurs, par la volonté de franchir la frontière d’imperméabilité et de méfiance entre les mondes scientifiques anglophones et francophones et de donner l’occasion aux étudiants francophones, "qui n’ont toujours pas le temps, les ressources ou la volonté d’affronter un texte scientifique de plus de cent pages dans la langue de Shakespeare", d’accéder à la production scientifique anglophone.(p.5)

Chapitre 1 : La recherche en sciences humaines

"Les sciences humaines traitent des choses qui nous sont familières et font partie de notre vie quotidienne : les relations entre personnes, les facteurs de la réussite, la structures et le développement des sociétés, les affaires politiques, les conflits entre individus et entres groupes" (p.11).

La recherche scientifique n’est pas un mystère ; elle est une approche systématique des phénomènes. Alors que diverses disciplines se centrent sur les relations entre les catégories de phénomènes, les sciences humaines s’attachent à "discerner comment et pourquoi nos semblables agissent" (p. 13). La démarche scientifique doit tendre vers l’objectivité ; les opinions seules ne sont pas acceptables, mais doivent être vérifiées par une démarche "objectivante". Tout commence par une interrogation ; les méthodes et les techniques serviront à y répondre. Les recherches en sciences humaines nous aident à nous comprendre nous-mêmes et à comprendre les autres.

La recherche en sciences humaines vise à développer des concepts explicatifs qui permettent de comprendre le comportement des individus et des processus complexes ; bien que le comportement humain soit complexe, il faut l’interpréter.

La recherche exige l’originalité et la créativité. Ces deux éléments risquent cependant d’être handicapés par des idées précoces, des expériences antérieures ce qui certaines fois, poussent trop vite à des réponses ou conclusions peu acceptables ou empêchent l’imagination : c’est le "blocage de la pensée créative" (p. 19). Une activité de recherche exige de la part du chercheur la curiosité et l’ouverture d’esprit, ce qui lui permet d’identifier toutes les sources d’idées.

Les explications et les hypothèses sur les faits observés peuvent émerger aussi bien des observations vécues que de la « sagesse populaire » (proverbes, croyances populaires) ou à travers des contradictions apparentes entre des résultats de différentes recherches, ou encore des suites d’un raisonnement logique. L’observation est cependant susceptible d’être influencée par les désirs, les émotions et les ambitions du chercheur. Il est alors « plus important d’apprendre à observer correctement que d’amasser des tas de connaissances académiques » (p. 24) ; c’est ce qui caractérise les « bons chercheurs », car ils trouvent le « moyen de contrôler leur propre démarche » (p. 25).

Outre l’observation, l’inférence est une autre démarche qui permet de vérifier la pertinence des idées du chercheur par l’induction et la déduction (p. 27). Les hommes recourent dans leur vie de tous les jours à l’induction et à la déduction ; elles ne sont cependant pas infaillibles. L’induction doit porter sur un échantillon représentatif de l’ensemble des éléments étudiés alors que la déduction doit respecter le principe de généralité appliqué.

Une recherche en sciences humaines ne peut réussir si il n’y pas suffisamment de curiosité et d’observation de la réalité. Les faits observés doivent cependant être aussi fiables et valides. Fiables s’ils « arrivent à se reproduire, à se répéter dans des conditions similaires, si d’autres personnes peuvent vérifier que ce que nous prétendons avoir vu n’est pas un pur produit d’une imagination trop féconde » (p. 28). Le chercheur a le devoir de détecter les différents facteurs qui peuvent subtilement affecter l’apparente fiabilité de ses observations. Il doit en outre les démêler et en corriger les effets. La validité des observations se mesure par leur effectivité, par un indice (ou plusieurs) « qui mesure effectivement ce qu’il est supposé mesuré » (p. 29)

Dès le début d’un travail de recherche, le chercheur doit bâtir sa stratégie. Par exemple, il faut prendre le temps de réfléchir à toutes les explications possibles du phénomène étudié, sans exclusive (multiplicité des hypothèses). Le chercheur doit « opérationnaliser » ses hypothèses, c’est-à-dire traduire ses concepts en indicateurs opérationnels et en découvrir les manifestations concrètes. Pour y arriver, il doit prendre en compte trois éléments : 1) définir les concepts le plus clairement et le plus précisément possible ; 2) détecter et corriger si possible les déficiences au niveau de la mesure ou du test retenu ; 3) admettre q’un concept peut être opérationnalisé de plusieurs manières. C’est ce que Webb et ses collaborateurs appellent « la triangularisation des mesures » qui consiste à « traduire vos concepts en plusieurs indicateurs en recourant à différentes méthodes » (p. 33).

Le chercheur doit aussi construire et vérifier des théories. « Un travail de recherche paraît comprendre trois phases qui s’enchevêtrent parfois mais dont chacune mérite de retenir l’attention à l’un ou l’autre moment : la description du phénomène, l’élaboration théorique et la vérification des faits » (p. 36). Une théorie est une explication possible d’un phénomène. On ne peut donc se mettre à élaborer une théorie sur un phénomène qui n’est que factice. Il est conseillé de formuler le plus simplement des hypothèses qui, par ailleurs, doivent être facilement vérifiables.

Nos comportements et nos habitudes nous causent des fois d’ennuis dans la vie courante ; de même un travail de recherche peut être à l’origine de désagréments ou de problèmes éthiques. Le chercheur doit toujours s’interroger sur la pertinence éthique de toute recherche qu’il entreprend en se référant aux valeurs et actions qu’il mène pour la réaliser. Les sujets impliqués dans la recherche doivent par exemple avoir le droit au respect de la vie privée, le droit de ne subir aucun dommage et le droit de refuser leur participation. Des associations de chercheurs comme l’American Psychological Association (APA) ont établi un code d’éthique pour régir les activités de leurs membres (p. 40) ; cela a bien sûr des limites, car beaucoup de chercheurs ne sont affiliés à aucune association professionnelle. Le gouvernement américain subordonne le financement de projets de recherche à l’avis favorable d’une commission sur l’éthique dans la recherche. Il n’est pas à occulter que des distorsions peuvent êtres introduites par les sujets de recherche lorsque ceux-ci sont informés de la problématique ; le chercheur doit pouvoir en limiter les effets.


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